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Thomas Sankara, l’immortel

Thomas Sankara

Thomas Sankara, tué de façon atroce il y a 32 ans, est un monument de la politique africaine, qui tient toujours debout. Sa pensée, son discours constituent une vitamine pour la jeunesse africaine, qui se bat contre le néocolonialisme. Votre portail laviesenegalaise.com revient à cette occasion sur le parcours d’un homme d’exception qui s’est élevé au-dessus de sa condition pour marquer son époque et guider toute une génération qui ne l’a quasiment pas connu. Un homme intègre.

C’est une leçon d’histoire : Blaise Compaore, qui l’avait déchu et déçu, vit comme un animal en cavale en Côte d’Ivoire. Lui Thomas Sankara est éternel : il n’est pas mort et il ne mourra pas, jamais il ne mourra! A l’image de Patrice Lumumba, Marcus Gavey, Barthémy Boganda, Oum Niobé, Amical Cabral ou bien encore Nelson Mandela, le capitaine Sankara fait partie de ces figures historiques immortelles. Un homme qui revit à travers des générations. Ceux qui l’ont connu l’adulent, les enfants le considèrent comme leur référence. Ça c’est un homme qui a été utile à son pays, son continent.
A l’occasion du 32e anniversaire de son assassinat, tous les panafricaines le chanteront, retraceront son parcours éternel, s’inclineront devant un combattant, un panafricaniste hors du commun. Le 15 octobre est une date inoubliable, inscrite dans les annales des Burkinabe. Ses parents, amis et sympathisants commémorent ce triste anniversaire sous la bannière du Front progressiste sankariste et avec le comité international Mémorial Thomas Sankara. La tombe de Thomas Sankara n’existant plus. Laviesenegalaise.com dresse son portrait. 

Qui est Thomas Sankara ?

Thomas SANKARA, fierté africaine
Thomas Isidore Noël Sankara est né à Yako le 21 Décembre 1947 dans une famille chrétienne de 14 enfants ; il était un « Peul-Mossi » qui n’a jamais oublié ses origines modestes. Il fut prisonnier comme tirailleur dans la seconde guerre mondiale, puis après avoir été enrôlé en Indochine dans les sales guerres coloniales, abandonné par la France à une retraite de misère d’ancien combattant, il est infirmier dans la gendarmerie de Haute-Volta. Après des études secondaires à Bobo-Dioulasso, la carrière militaire de Thomas commence à 19 ans, avant qu’il ne soit envoyé poursuivre sa formation à Madagascar. Il aura donc l’occasion d’observer de ses propres yeux les soulèvements populaires malgaches contre le régime néo-colonial en 1971/1972. Ici, naissent ses idées d’une “révolution démocratique et populaire”. Il retourne en Haute-Volta en 1972, et participera à la guerre contre le Mali de 1974. Il va ensuite en France, puis au Maroc où il rencontre en 1976 Blaise Compaoré.
Les deux hommes deviendront rapidement très proches, se considérant comme des “frères”. Ils formeront avec Henri Zongo et Jean-Baptiste Boukary Lingani le ROC ou Rassemblement d’Officiers Communistes qui sera un rassemblement de jeunes officiers voulant changer les choses. Thomas Sankara est nommé Secrétaire d’Etat à l’Information en Septembre 1981 dans le gouvernement Saye Zerbo, et fera sensation en se rendant à vélo à sa première réunion de cabinet. Il démissionnera avec fracas le 21 Avril 1982 pour marquer sa protestation, en s’écriant « Malheur à ceux qui veulent bâillonner le peuple ».

 Un homme d’État anti-impérialiste, révolutionnaire

Le 7 novembre 1982, un coup d’Etat place Jean-Baptiste Ouedraogo au pouvoir. Thomas Sankara sera nommé Premier Ministre en janvier 1983. Dans son discours d’investiture, le mot “peuple” revient 59 fois. Thomas Sankara se fait immédiatement remarquer au sommet des “non-alignés” de New Delhi par un discours virulent contre le néocolonialisme. Mais le système de la Françafrique fait la pluie et le beau temps ! Après une visite des conseillers français aux affaires africaines, Guy Penne et Jean-Christophe Mitterrand, le fils du président français, Thomas Sankara sera emprisonné par Ouedraogo le 17 mai 1983. Son ami d’alors Blaise Compaoré organise un coup d’état le 4 Août 1983, et le libère. Puis on force Thomas Sankara à prendre le pouvoir.
Thomas Sankara est un homme d’État anti-impérialiste, révolutionnaire, socialiste, panafricaniste et tiers-mondiste Il était le Chef de l’État de la République de Haute-Volta rebaptisée Burkina Faso, de 1983 à 1987.

Il fut le président du pays durant la période de la première révolution burkinabè du 4 août 1983 au 15 octobre 1987, qu’il finit par totalement incarner, selon certaines sources.
Durant ces quatre années, il mène à marche forcée, et y compris en recourant à la répression de certains syndicats ou organisations politiques rivales, une politique d’émancipation nationale (qui passe par exemple par le changement du nom de Haute-Volta issu de la colonisation en un nom issu de la tradition africaine : Burkina Faso, qui est un mélange de moré et de dioula et signifie Pays [ou Patrie] des hommes intègres), de développement du pays, de lutte contre la corruption ou encore de libération des femmes.

Ainsi, Thomas Sankara dans « la révolution au Burkina Faso », qui a eu lieu de 1969 à 1987, explique comment les paysans et les travailleurs de ce pays d’Afrique de l’Ouest ont établi un gouvernement révolutionnaire populaire et commencé à combattre la faim, l’analphabétisme et l’arriération économique imposés par la domination impérialiste, ainsi que l’oppression des femmes héritée de millénaires de société de classe.

« Malheur à ceux qui bâillonnent le peuple ! »

Ce faisant, ils ont donné un exemple non seulement aux travailleurs et paysans de l’Afrique, mais à ceux du monde entier. Ce qui l’amène à dire dans un de ses célèbres discours que : « Tant qu’il y aura l’oppression et l’exploitation, il y aura toujours deux justices et deux démocraties : celle des oppresseurs et celle des opprimés, celle des exploiteurs et celle des exploités ». « Malheur à ceux qui bâillonnent le peuple ! », disait-il et sur la même lancée, il ajoutait : « Parce que de toutes les races humaines, nous appartenons à celles qui ont le plus souffert, nous nous sommes jurés de ne plus jamais accepter sur la moindre parcelle de cette terre le moindre déni de justice. » Pour lui, « la justice sous la révolution démocratique et populaire sera toujours celle des opprimés et des exploités contre la justice néo-coloniale d’hier, qui était celle des oppresseurs et des exploiteurs. »

 

Dans l’ouvrage intitulé « L’émancipation des femmes et la lutte de libération de l’Afrique », un condensé de ses discours et entrevues, il dit : “la révolution et la libération des femmes vont de pair. Et ce n’est pas un acte de charité ou un élan d’humanisme que de parler de l’émancipation des femmes. C’est une nécessité fondamentale pour le triomphe de la révolution. Les femmes portent sur elles l’autre moitié du ciel”. Dans ce sens, il disait : « Il n’y a pas de révolution sociale véritable que lorsque la femme est libérée. Que jamais mes yeux ne voient une société où la moitié du peuple est maintenue dans le silence. J’entends le vacarme de ce silence des femmes, je pressens le grondement de leur bourrasque, je sens la furie de leur révolte. J’attends et espère l’irruption féconde de la révolution dont elles traduiront la force et la rigoureuse justesse sorties de leurs entrailles d’opprimées. »

Courageux jusqu’au dernier souffle 

Le 15 Octobre 1987, Thomas Sankara est en réunion avec des conseillers quand des bruits d’armes automatiques résonnent. Il aurait dit à ses conseillers “Restez, c’est à moi qu’ils en veulent”. Il sort du palais, en short, les mains en l’air, mais visiblement les mutins n’avaient pas pour consigne de l’arrêter, mais de le tuer, et quelques rafales mettent fin à sa vie, ainsi qu’à celle de douze de ses conseillers. Un acte commandité par le faux-frère Blaise, appuyé et intronisé par ses Pygmalions français.

Comme pour tuer le symbole une seconde fois, il sera enterré à la va-vite, et de façon quasi-anonyme. L’onde de choc provoquée par son assassinat parmi la jeunesse africaine, et notamment burkinabé, a poussé le régime à lui donner une sépulture plus convenable par la suite. Toute la population burkinabé défile en effet dans les rues pour pleurer l’enfant chéri qui n’avait que 37 ans, et les jours suivants, des milliers de personnes se rendent sur sa tombe en condamnant ainsi ce crime.

A la veille de la commémoration de l’anniversaire de l’Assassinat de son défunt mari, la veuve du président Thomas Sankara, Mariam Sankara, a rédigé une déclaration. Elle dit placer sa confiance et son espoir en la justice burkinabè pour l’ouverture du procès du dossier de son défunt époux. “Je place mon espoir en la justice du Burkina Faso pour la tenue de ce procès tant attendu“, a-t-elle écrit dans une déclaration rendue publique. Dieu lui a rendu justice en le plaçant parmi les légendes du continent.

 

 

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