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Matteo Salvini, le nouvel homme fort de l’Italie


Anti migrants, anti-avortement, anti-Europe, le leader de la Ligue et nouveau ministre de l’Intérieur est un pur et dur produit de l’extrême droite.

“On va renvoyer les clandestins chez eux, c’est l’une de nos priorités.” Quelques heures seulement avant de prêter solennellement serment devant le président de la République au Quirinal, Matteo Salvini, le leader de la Ligue d’extrême droite et nouveau ministre de l’Intérieur, était jeudi soir devant ses militants en Lombardie. Celui qui sera aussi vice président du Conseil n’a visiblement pas l’intention de modérer ses positions. D’autant qu’il est de facto l’homme fort de ce gouvernement antisystème et populiste formé avec le Mouvement Cinq Etoiles (M5S) de Luigi Di Maio et qu’il est porté par les derniers sondages qui donnent à la Ligue plus de 25% des intentions de vote.

En l’espace de cinq ans, Matteo Salvini a transformé un parti qui, sous le poids des scandales entourant le fondateur Umberto Bossi et de l’usure du pouvoir au côté de Silvio Berlusconi, était tombé en 2013 à 4% des voix. C’est à cette date que Matteo Salvini, aujourd’hui âgé de 45 ans, prend le pouvoir pour changer la formation sécessionniste (qui réclamait l’indépendance du Nord) en un parti d’extrême droite classique, aujourd’hui l’un des plus puissants d’Europe.

A coups d’opérations spectaculaires et médiatiques dans des camps de nomades, de déclarations xénophobes à l’emporte-pièce et d’omniprésence sur les réseaux sociaux (il a plus de 2 millions de followers sur Facebook et près de 700 000 sur Twitter), Matteo Salvini s’impose rapidement dans le champ politique. “Même les chiens s’en vont” Sans retenue verbale et à coups de violentes sorties xénophobes, comme lorsqu’il promet d’utiliser “le bulldozer contre les Tziganes” ou en 2017 un “nettoyage de masse contre les clandestins” qu’il faudra aller chercher “maison par maison, quartier par quartier, avec la manière forte si nécessaire”, celui que ses partisans surnomment “il Capitano” commence peu à peu à dicter l’agenda.

Il décide de s’adresser à tous ses concitoyens sous le slogan “les Italiens d’abord” et présente des candidats dans le Mezzogiorno lui qui autrefois chantait au milieu des militants de la Ligue “sens cette puanteur, même les chiens s’en vont, les Napolitains sont arrivés, avec le savon ils ne se sont jamais lavés”. Mais Matteo Salvini n’est pas à sa première volte-face.

Adhérent de la première heure de la Ligue sécessionniste, à l’âge de 17 ans, il fréquente alors les centres sociaux milanais et se revendique du courant des “communistes de la Padanie”. “Je suis communiste à l’ancienne, je connais plus d’usines que ces gens qui ne fréquentent que des banquiers”, se justifiera-t-il plus tard, revendiquant le caractère social de sa Ligue nationale. Fils d’un petit entrepreneur et d’une femme au foyer, il abandonne très vite ses études de sciences politiques, de lettres puis d’histoire ainsi que les petits jobs (livreur de pizza) pour s’investir totalement dans l’activisme politique.

Dès l’âge de 20 ans, il est conseiller municipal à la mairie de Milan et travaille sa communication à Radio Padania, l’antenne du parti, puis est élu eurodéputé en 2004. Peu à peu, il gravit les échelons et ringardise la vieille classe politique de la Ligue du Nord (Lega Nord), qui sous son impulsion change de nom pour devenir uniquement la Ligue.

En radicalisant ses positions contre les clandestins, l’Europe, les lobbys et l’Islam (“une religion incompatible avec la Constitution”) au nom de la défense de l’Italie chrétienne, celui qui milite aussi contre les unions homosexuelles ou l’avortement (“un meurtre”) profite de la déliquescence de Forza Italia pour faire une OPA sur le vote de droite. “Les Soros de la situation te massacrent”.

Le 4 mars, la Ligue devient le premier parti de la coalition conservatrice avec 17% des voix contre 14% pour Forza Italia, la formation de Silvio Berlusconi. Malgré les réticences d’une partie des militants qui voient d’un mauvais œil le programme du Mouvement Cinq Etoiles et les promesses d’un revenu de citoyenneté considéré comme un nouvel assistanat en direction du Sud, il impose l’accord avec le parti de Luigi Di Maio qui sera finalement ratifié à plus de 90%. Il est vrai que Matteo Salvini est parvenu à inclure dans “le contrat d’un gouvernement de changement” toute une série de mots d’ordre du parti : baisse radicale des impôts, expulsion massive des clandestins, introduction de la légitime défense, obligation d’organiser des référendums municipaux avant toute construction de nouvelle mosquée, allocations sociales réservées aux familles italiennes ou encore (en accord avec le M5S), révision des rapports avec la Russie en vue d’un allègement des sanctions.

Depuis quelques années, Matteo Salvini, allié à Marine Le Pen, entretient des rapports étroits avec le maître du Kremlin et s’enorgueillit de ses liens avec le Hongrois Viktor Orbán ou les dirigeants nord-coréens. Bien que Matteo Salvini ait fait pendant des années campagne pour la sortie de l’euro (“si la Ligue va au gouvernement, nous sortirons. Mais c’est le type de choses qu’il faut faire très vite, sinon les Soros de la situation […] te massacrent” disait-il notamment en 2016), le projet ne figure pas dans l’accord de gouvernement. Mais jusqu’au bout, l’ultranationaliste Matteo Salvini a cherché à placer l’économiste Paolo Savona, auteur d’un Guide pratique pour sortir de l’euro, au ministère des Finances, provoquant l’obstruction du chef de l’Etat Sergio Mattarella.

Le fougueux leader de la Ligue, à la voix grave, brutale et menaçante a dû reculer pour permettre la formation du gouvernement. Il a accepté que Paolo Savona soit transféré aux affaires européennes. Mais Matteo Salvini a réussi à obtenir des ministères de poids, notamment le poste stratégique du secrétariat de la présidence du Conseil pour son bras droit Giancarlo Giorgetti. D’où un selfie, tweeté depuis le palais du Quirinal et légendé : “Je le confesse, je suis ému et heureux.

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ESPAGNE : Mariano Ra
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