HomeÀ la uneIbrahima Hamidou Dème ex-magistrat : ” J’ai une grande déception, je me suis battu à l’interne pendant mes 13 ans d’exercice”

Ibrahima Hamidou Dème ex-magistrat : ” J’ai une grande déception, je me suis battu à l’interne pendant mes 13 ans d’exercice”


L’ex-magistrat, Ibrahima Hamidou Dème s’est confié à l’Obs. Dans un entretien avec le journal, le Magistrat reconverti en politique revient sur son combat mené depuis plus d’une décennie pour l’indépendance de la justice sénégalaise. “Je me suis battu à l’interne pendant mes 13 ans d’exercice. Je me suis battu à l’interne avec d’autres collègues”, a-t-il dit. Mais, reconnait-il, “j’ai senti que j’avais atteint mes limites”, pour en fin décider de démissionner .

Nouvellement engagé en politique à la tête de son mouvement “Ensemble”, il explique que c’est faute de pouvoir changer les choses à l’interne qu’il a dû quitter la magistrature. “J’ai été successivement, membre de l’Ums, membre élu du Conseil supérieur de la magistrature. Je me suis battu dans ces instances, dans les assemblées générales, chaque année, comme beaucoup d’autres personnes. Et quand j’ai atteint mes limites et que je ne pouvais pas inventer à l’interne, d’autres formes de combat, j’en ai tiré les conséquences. C’est pourquoi j’ai décidé de sortir de la magistrature pour continuer le combat”, a dit Ibrahima Hamidou Dème dans L’Obs.

Appréciant la justice de manière général, l’ancien juge estime qu’elle soit judiciaire ou politique, elle est une justice qui ne joue pas son rôle de garante de la paix sociale. Quand il y a des litiges, des contentieux, les citoyens n’ont pas le droit de les régler eux-mêmes. Ils s’adressent à une instance juridictionnelle qui doit trancher. On s’est rendu compte que lorsqu’il y a des affaires qui intéressent les autorités politiques, la justice ne se prononce presque jamais en leur défaveur. C’est ce qui fait qu’il y a une sorte de sentiment partagé que la justice ne fonctionne pas de manière indépendante, surtout vis-à-vis de l’autorité politique. Ce sentiment fait que les justiciables n’ont plus confiance dans la justice. Et quand les citoyens n’ont plus confiance aux magistrats, ils pourront être tentés de résoudre eux-mêmes leurs différends. Nous estimons que dès lors, tous les citoyens, acteurs de la justice, de la société civile, comme tous les autres corps sociaux, doivent impérativement se pencher sur cette problématique fondamentale de l’indépendance de la justice. Parce que quand la justice ne remplit pas son rôle, c’est la porte ouverte au chaos.

Évoquant le gestion du régime Sall, Monsieur Dème a avoué sa déception. “Comme beaucoup de Sénégalais, j’ai une grande déception par rapport aux espoirs qui ont été nourris. A la place d’une gestion sobre et vertueuse des deniers publics, on a vu tout le contraire. En plus, on nous parle de grands projets de Train express régional (Ter), de Pôle urbain de Diamniadio, alors qu’au même moment, la pauvreté gagne les milieux urbains et le monde rural souffre. Il n’y a même pas 10 jours, le Programme alimentaire mondial a relevé qu’il y avait 750 000 Sénégalais qui étaient menacés de famine. Ces jours-ci, on nous parle de pénurie d’eau. On doit se poser la question de savoir si le pays ne parvient pas à satisfaire des besoins vitaux, comme l’alimentation, l’eau, la scolarité de ses enfants, comment peut-on donc dire qu’on aspire à l’émergence ? C’est un paradoxe. C’est comme si le pouvoir ne connaissait pas les priorités”.

Pour lui, les programmes tels que le PUDC, les Bourses de Sécurité Familiales, la CMU n’ont pas eu d’impacte chez les populations car si tel était le cas dans le monde rural, on n’aurait pas parlé aujourd’hui de menaces de famine, on n’aurait pas vu toute cette détresse dans le monde rural. Quand on investit des centaines de milliards, il faut qu’on voie certaines réalisations. Des réalisations sont certes visibles, mais puisque la plupart des programmes ont des visées politiques et électoralistes, ils ne peuvent être efficaces. 

Interpellé sur ses ambitions lors de la prochaine Présidentielle, l’ex-Magistrat soutient que “l’objectif de toute organisation politique, c’est d’accéder au pouvoir. C’est aussi notre objectif. Mais c’est encore très tôt de se prononcer sur une candidature”, dira-t-il.

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