HomeActualitéGUERRE DE L’EAU : Péripéties d’une transition difficile

GUERRE DE L’EAU : Péripéties d’une transition difficile

Robinet, Eau Afrique, Sénégal

Que craint le gouvernement du Sénégal ? Annoncé depuis le mois de juillet, le vainqueur de l’appel d’offres international lancé pour la gestion du service de l’eau au Sénégal n’est toujours pas connu. C’est l’escalade !

Malgré le semblant de calme, ça bout dans le domaine de l’eau. Des nuages gigantesques s’amoncellent de plus en plus sur ce secteur O combien névralgique. L’on s’éloigne, jour après jour, d’une guerre de trois (Sde, Véolia, Suez), pour s’empêtrer dans un duel qui s’annonce des plus rudes.

En effet, s’il est de moins en moins mentionné le nom de Véolia dans le processus d’attribution de la licence d’exploitation et de distribution de l’eau au Sénégal, cela est loin d’être le cas pour ses sœurs françaises Suez et Sde (filiale d’Eranove). Et, de plus en plus, il se susurre l’idée selon laquelle les carottes seraient cuites pour la Sénégalaise des eaux. Même si cette dernière refuse toute capitulation. Longtemps, elle a tenté de garder son sang-froid, croyant fermement tenir la corde dans sa guerre contre Suez.

Dans une interview accordée à “EnQuête’’ au mois de juillet dernier, déjà, le directeur général de l’entreprise, Abdoul Baal, disait : “Nous allons continuer notre travail correctement jusqu’au 31 décembre 2018, à 23 h 59 (date de fin du contrat d’affermage le liant à l’Etat). Comme nous le faisons depuis le 23 avril 1996. Il n’y a pas de raison que nous déviions de cette voie. D’autant plus que les performances que nous avons réalisées depuis que nous sommes là ont été saluées par tout le monde. Nous n’envisageons pas ne pas être là dans les années à venir.’’ Eh bien, nous sommes bien loin de cette époque.

La semaine dernière, l’instance la plus haute de la Sde a jugé nécessaire de briser le long silence dans lequel elle était plongée. A la fin de leur séance d’exorcisation, les administrateurs ont bien tenu à se faire entendre : “… Cinq mois se sont écoulés (depuis que le ministre de l’Hydraulique avait révélé, selon la Sde, qu’ils avaient proposé l’offre financière ayant le meilleur prix) sans que l’adjudication provisoire n’ait été prononcée. Cette attente anormale et inédite en matière d’appel d’offres a des conséquences négatives sur le fonctionnement de la Sde et la viabilité du sous-secteur de l’hydraulique urbaine.’’

Le contrat d’affermage de l’entreprise arrivant à terme le 31 décembre prochain, “la Sde se retrouve dans une situation d’incertitudes dont l’impact a des conséquences directes sur la gestion au quotidien de l’entreprise…’’, criait haut et fort le Conseil d’administration. Les hostilités sont ainsi lancées. Et le moins que l’on puisse dire est que ce rugissement de la “lionne’’ n’est pas tombé dans l’oreille d’un sourd.

L’Etat, par le biais du ministère de l’Hydraulique, est vite sorti de sa torpeur pour apporter sa part de vérité. Dans un communiqué, les services de Mansour Faye rappellent à la Sde son “engagement de confidentialité’’ et “les dispositions de la Charte de transparence et d’éthique’’ que les soumissionnaires avaient signés. “La gouvernance d’un sous-secteur aussi stratégique que l’eau potable incombe aux pouvoirs publics. L’Etat rassure les consommateurs sur la mise en œuvre des dispositions nécessaires à la continuité du service public de la fourniture d’eau potable en zone urbaine et péri-urbaine’’, insistent-ils. Cette mise au point est loin de ramener le calme dans ce secteur. Bien au contraire, l’escalade monte. La Sde revenant à la charge pour botter en touche l’accusation.

Elle persiste et signe : “C’est en toute responsabilité que le Conseil d’administration de la Sde a estimé nécessaire d’attirer l’attention de toutes les parties prenantes sur le fait que, compte tenu du temps long mis pour publier le résultat de l’appel d’offres, le sous-secteur vital de l’hydraulique urbaine est dans une situation d’incertitudes.’’ Mieux, l’entreprise de rappeler que “le délai contractuel pour la période de passation de service est de 6 mois, conformément à l’article 92 du contrat d’affermage en cours, relatif à la continuation du service affermé en fin d’affermage. Ce délai est largement entamé, car le contrat d’affermage de la Sde arrive à terme le 31 décembre 2018, donc dans deux mois environ’’.

Concernant l’engagement de confidentialité et les dispositions de la Charte de transparence et d’éthique évoqués, “ils ont toujours été respectés par la Sde. A ce propos, il est important de rappeler que c’est le ministre de l’Hydraulique et de l’Assainissement qui avait révélé, lors de l’émission ‘Grand Jury’ de la Rfm du 10 juin 2018, les offres financières des candidats. Et précisément, il avait déclaré : “La Sde propose 277 F virgule quelque chose le m3 ; Suez est à peu près 299 F le m3 et Veolia à 365 F environ le m3.’’

“Manœuvres pour une transition en toute douceur’’

Une situation rocambolesque qui laisse perplexe bien des acteurs. Les questions se multiplient. L’Etat a-t-il déjà choisi son futur fermier ? Au cas échéant, pourquoi tarde-t-il à le porter à la connaissance du public ?

Que craint le gouvernement ? Si l’Etat n’a toujours pas choisi, pourquoi tarde-t-il à le faire ?… Quel serait l’impact sur la distribution, si le gouvernement rompt avec la Sde ? Autant de questions qui taraudent et qui tardent à trouver réponses auprès des différents protagonistes. Dans sa livraison d’hier, le journal “Libération’’ en a rajouté une autre couche, invoquant un rapport de l’Inspection générale d’Etat qui aurait mis à nu les manquements de la Sde.

En question, la fameuse casse de la conduite d’eau en Y de l’usine de Keur Momar Sarr. Des informations auxquelles la Sénégalaise des eaux n’a pas tardé à réagir. “Après avoir analysé les informations et les arguments avancés dans l’article pour justifier le titre, nous vous précisons qu’à la date d’aujourd’hui, aucun rapport de l’Ige n’a été notifié à la Sde et tout le monde sait que cet organe travaille sur une base contradictoire’’, informe un communiqué de la Sde reçu hier tard dans la soirée à “EnQuête’’.

La note de poursuivre : “Le seul rapport qui a été porté à notre connaissance est celui du cabinet Idev/Semis commandité par le ministère de l’Hydraulique et de l’Assainissement. Il n’est revêtu d’aucun classement secret, car étant fait par un bureau d’études et transmis à tous les acteurs du secteur.

En réalité, la panne de l’usine de Keur Momar Sarr, en septembre 2013, ne peut être imputable à la Sde comme l’article de “Libération’’ essaie de le faire croire.’’ Quoi qu’il en soit, à moins de 4 mois de la présidentielle de février 2019, l’Etat ne manquera certainement pas, pensent les spécialistes, à manœuvrer ferme pour une transition en toute douceur. Mais la Sde ne semble pas dans les dispositions de se laisser faire. Pour rappel, au mois de juin, Mansour Faye avait annoncé que les résultats de l’appel d’offres seront connus le 26 juillet 2018. Le peuple attend encore. Du moins, pour l’officialisation.

       EnQuete

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Serigne Mountakha Mb
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