HomeÀ la uneDaaka de Médina Gounass : ce qu’il faut savoir sur cette retraite spirituelle qui dure dix jours

Daaka de Médina Gounass : ce qu’il faut savoir sur cette retraite spirituelle qui dure dix jours

Modernisation du Daaka Gounass

La 78e édition du Daaka de Médina Gounass, dans la région de Kolda, a démarré le samedi 6 avril 2019, pour 10 jours de recueillement et prières, sous la conduite du Khalife Thierno Amadou Tidiane Bâ.

Le Daaka (rassemblement pour la retraite spirituelle) a été institué en 1942 par Thierno Mouhamadou Saïdou Bâ. Situé à 10 kms du village religieux de Médina Gounass, le Daaka se singularise par une retraite spirituelle ponctuée par des lectures du Saint Coran et du Zikr. De 1942 à 1960, elle s’est tenue de façon restreinte car n’associant que les membres de la famille et proches du marabout. Ce n’est qu’à partir de 1960 qu’elle a été élargie à tout le monde.

Le choix du site actuel remonte au début des années 70. Le guide religieux était un naturaliste qui a invité les fidèles à se recueillir tout en veillant à préserver la nature. Autrement dit, aucune transformation n’est permise. Il exhortait au respect de l’environnement.

L’essence de la rencontre, est de permettre au croyant de se concentrer, ne serait-ce qu’une fois par an, pendant quelques jours, pour glorifier Dieu. Le marabout a invité tous les fidèles à partager avec lui cette conviction et de procéder à une introspection.

Ainsi, au-delà des prières obligatoires célébrées à l’unisson, il est imparti à chaque fidèle de s’acquitter de prières déterminées pendant tout le séjour. Par exemple, il est requis de chaque pèlerin de faire 12 000 zikr de la “Salatoul Fatiha” toutes les 24 heures. Le Zikr de la “Sayfiyou” est exigé 41 fois par jour et par fidèle. Les prêches et discours religieux, qui constituent des moments forts du Daaka, ont lieu aux premières lueurs de la journée.

“La Mecque des pauvres”

La célébration de ce rituel est authentifiée par l’écoute d’une cassette du fondateur de Médina Gounass qui revient sur un aspect de la vie islamique. La séance matinale prend toujours fin vers 10-11 heures. L’essentiel de l’activité humaine, sur ce site, est centré autour de multiples dévotions. Le temps de sommeil est compté pendant les dix jours que dure la manifestation religieuse.

Sur pied dès quatre heures du matin, les fidèles veillent toute la nuit pour des prières surérogatoires ou la lecture du Coran, les croyants veulent mettre à profit les moments pour d’intenses méditations spirituelles. “Tous ceux qui viennent ici sont obnubilés par le seul désir de magnifier l’unicité de Dieu, entend-t-on. En venant ici, le croyant laisse tomber le bas-monde, abandonne ses épouses, les délices de la vie pour se consacrer à son Seigneur et Maître.”

Le Daaka est aussi un endroit où sont célébrés beaucoup de mariages. En effet, le lieu est béni et les prières qui y sont effectuées sont exaucées. Le Daaka est unique en son genre. En effet, il n’y a nulle part au monde où se déroule une pareille manifestation religieuse. C’est, dit-on, “la Mecque des pauvres”. Même si, souvent, les fidèles traversent des continents et des mers pour marquer leur présence.

ENCADRÉ

Qui est Thierno Mouhamadou Saïdou Bâ, le fondateur du Daaka ?
Lorsqu’on parle de la Tijaniyya au Sénégal, Thierno Mouhamadou Saïdou Bâ est cité en référence. La communauté musulmane de Médina Gounass, qu’il a fondée, compte des millions de disciples répartis dans divers pays de la sous-région où le marabout a séjourné durant sa vie. Ainsi, sa communauté s’étend sur une vaste zone géographique qui s’étend du Fouta Sénégal à la Côte d’ivoire en passant par la Gambie, la Guinée-Bissau, le Mali et la Mauritanie.
Originaire du village de Thikité (département de Podor), dans le nord du Sénégal, Thierno Mouhamadou Saïdou Bâ, communément appelé Mamadou Hawoly Bâ, est né en 1900. Il a fait ses humanités à Nguidjilone (Région de Matam) auprès de Thierno Yéro Baal Anne, puis à Thilogne (Région de Matam), auprès de Thierno Hameth Baba Talla. C’est après qu’il prend le chemin de Kolda où il retrouve Seydi Aladji Thiam, père de l’ancien Imam de Madina Ousmane Thiam, qu’il avait lui-même désigné à cette fonction de son vivant.
Seydi Aladji Thiam était établi à Madina Aladji, à 17 km de Kolda (Sud du Sénégal). Il rencontre le père de Thierno Mansour Barro, Thierno Ahmed, à Kolda. Ce dernier, un grand ouléma, l’a renforcé dans sa formation religieuse. En effet, Thierno Ahmed Barro et Seydi Aladji Thiam ont été ses marabouts et guides. Leurs enfants étaient très jeunes au rappel à Dieu de leurs pères. C’est ainsi que Thierno les a récupérés. Il a été leur guide, marabout et éducateur. Les trois familles sont devenues une et il n’y a aucune différence entre elles.
Chacun de ces descendants a pris femme dans l’autre des familles. Le saint homme a fondé 65 villages dont 51 au Sénégal. Dans chaque village, il a laissé une mosquée, une école coranique et un imam. Le nombre de mosquées qu’il a édifiées s’évalue à 93 dans la zone ouest africaine. Il aura réussi à exporter le Daaka vers d’autres cieux (France, Afrique centrale). Décédé en 1980 à Dakar, suite à une maladie qu’il contracta au cours de son célèbre pèlerinage à Fès, il est enterré à Médina Gounass, la cité religieuse qu’il fonda en 1936.


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