Analyse du discours du Chef de l’Etat : Ainsi parlait le Général Macky Sall

Message à la nation de Macky SALL

« Bonsoir !» Ainsi le Président de la République, Macky Sall a clos son discours, en ce soir du 23 mars 2020. «Bonsoir», un mot sans ambition, un mot simple. «Bonsoir», un mot sans prétention qui ne demande qu’une chose : application.

Appliquez, ou mettez-vous en position de guerre, en appliquant ce qui vient d’être édicté. La guerre, si, la guerre. Dans le discours du Président ce lundi en effet, aucune envolée lyrique, aucune poésie… Hormis quelques beaux jeux de mots qui ont certes eu leur poids. « Ne laissons au virus ni la vie, ni nos vies », par exemple.
C’est plutôt une rhétorique de guerre qui est de mise, dans le discours de ce soir. Qui s’est donc adressé à la Nation ? Un Président ? Sûrement pas ! C’est un Général d’armée, face à des…soldats. Ses soldats, en temps normal, qui sont des citoyens (l’écran de la télévision atténue quand même l’effet).

Géographie de la peur

Dans son ouvrage intitulé l’Art de la Guerre, le Général chinois Sun Tzu (sixième siècle avant Jésus-Christ) rappelait l’importance de la connaissance de la géographie pour les généraux. Ce n’est donc pas pour rien que l’article 10 dudit traité est titré « De la connaissance du terrain. » En bon général, Macky a aussi tenu à faire de la géographie militaire ; disons qu’il a procédé à une Géographie de la Peur. De l’échelle mondiale à celle nationale, Général Sall rappelle les chiffres alarmants, en morts et en contaminés, causés par « un ennemi vicieux, mortel » Seulement, les parties qui s’affrontent dans les guerres conventionnelles sont visibles alors que l’autre partie de notre « guerre mondiale » qui a infecté 340.000 êtres humains, est « invisible à l’œil nu». Général Sall n’a pas manqué de faire le bilan provisoire d’une guerre qu’il vient tout juste de déclarer : « à ce jour, le COVD-19 a tué plus de 15.000 personnes, plongeant des familles entières dans le deuil et le désarroi.» Le chef de guerre s’avoue-t-il vaincu, si rapidement ? Non, et le reste du discours le confirme. Général Sall n’a fait qu’une analyse froide et rationnelle du terrain, pour camper le décor et peaufiner ses stratégies…
Invisible alors, le virus, l’ennemi, peut s’infiltrer partout, car il ne connait pas de frontières. Autant dire que le spectre de la peur peut s’agrandir, et que cette géographie qui tente de confiner l’ennemi peut s’avérer fausse… Il en est d’ailleurs ainsi. Le général renseigne à cet effet : « …d’un premier cas déclaré le 2mars, nous sommes aujourd’hui à 71 malades sous traitement dans 4 arrondissements de Dakar, ainsi qu’à Mbao, Yeumbeul, Guédiawaye, Rufique, Touba, Mbour, Thiès, Poponguine, Saint-Louis et Ziguinchor.» En vertu de cette constatation, l’honnêteté « c’est dire que le virus gagne du terrain »

Ennemi invisible et invulnérable (pour l’instant)

Faire la guerre devient possible, lorsqu’on ne peut avoir l’ennemi en ligne de mire, pour pouvoir l’atteindre avec une bombe, une mitraillette… le Coronavirus n’est pas ce type de guerrier visible à des kilomètres avec un drone. Et, en plus de méconnaitre les frontières, cet « infiniment petit » qui « fait trembler le monde entier de façon brutale, rapide et massive » reste insensible aux armes des contingents médicaux « au front d’une lutte sans merci » A en croire le Général de cette même armée médicale en effet, « …à ce jour, il n’y a ni vaccin, ni médicament homologué contre le COVID-19 »
L’existence de 1561 personnes en contact avec la maladie (de probables blessés de guerre en vrai, selon le contexte) ne rend pas facile la mission du général et de son armée médicale. C’est clairement un « combat risqué », une situation exceptionnelle. Mais, à situation exceptionnelle, mesures exceptionnelles. Ainsi, des réceptifs hôteliers sont pris comme base-arrière par l’armée de blouse blanche. Le Ministère de la Santé et de l’Action Sociale les y confine.

L’arsenal légalo-financier du Général Sall

1968, 1988, 2020 ! Après Senghor et Abdou Diouf, le Général Sall devient le troisième Président de la République à aller puiser dans la Constitution pour régenter la vie publique. A son article 69, précisément, qui donne au commandant en chef de décréter un « état d’urgence » sur l’étendue du territoire national. L’état d’urgence donc, une arme légale, pour lutter contre un ennemi qui n’a que faire des décrets, des lois. Mais, quand même l’état d’urgence, assorti d’un « couvre-feu », peut être une belle riposte, vu que les déplacements et autres rassemblements qui transportent le COVID-19 peuvent être évités. Conséquence : l’ennemi invisible n’aura de chair où déposer son venin à certaines heures. Le Général Sall, en ce sens, « rappelle que le virus porteur de la maladie ne se déplace pas de lui-même… »
Couvre-feu, a dit le général. Gare alors aux soldats qui auront déserté les bases familiales (à partir de 20h jusqu’à 6h) pour se retrouver dans les rues, ces terrains de chasse du virus. Et, voilà que la stratégie du repli est clairement déclinée. Voilà que l’ordre de combattre en se confinant vient d’être donné.

Comme s’il avait eu écho de ses lamentations du combattant lambda qui disait « confinement oui, mais après ? Les munitions alimentaires, mon général ! », ce dernier rassure. A vos postes soldats, et sans crainte. FORCE-COVID-A9 est créé… « Un Fonds de riposte et de solidarité contre les effets du COVID-A9, qui sera doté de 1000 milliards de FCFA » et qui «sera alimenté par l’Etat et toutes les bonnes volontés».

C’est dans cette optique que le général annonce : « une enveloppe de 50 milliards sera consacrée à l’achat de vivres pour l’aide alimentaire d’urgence ? » Il n’y a pas les feu ( ?) soldats ! A l’armée économique qui subit les attaques de l’ennemi invisible : « il sera accordé une remise partielle de la dette fiscale constatée au 31 décembre 2019 due par les entreprises et les particuliers, pour un montant global de 200 milliards »
Les soldats de l’information, la presse et les journalistes, sont prises en compte dans ces mesures générales…

A vos ordres général…

 

 

                ♦  Moussa Seck – laviesenegalaise.com

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