HomeActualitéCommune de Djibidione : Après la fin de l’exil des populations, l’urgence se pose

Commune de Djibidione : Après la fin de l’exil des populations, l’urgence se pose

Retour d'exil des populations de la Commune de Djibidione

Si l’objectif ­principal des ­journées ­culturelles et sportives ­de­ la localité­ de Diocadou ­était de ­s’affirmer­ et ­de­ s’ouvrir­ à­ nouveau au­ reste ­du ­monde, celui-ci­ est ­aujourd’hui­ pour ­les ­populations ­locales ­largement ­atteint. ­C’est ­pourquoi, ­tirant ­le bilan ­après trois ­années ­d’activités, ­les ­populations ­de ­Diocadou, ­revenues de ­leur ­exil ­occasionné ­par ­le ­conflit ­armé,­ ont ­décidé ­de s’orienter vers­ les ­questions ­de ­développement ­qui ­passent, selon ­elles, ­par ­une ­multitude ­de ­désenclavements et ­la matérialisation ­du ­Puma.

La localité de Diocadou, située dans la commune de Djibidione et qui est à quelques encablures de la localité gambienne de Kanilai, a organisé ses journées culturelles et sportives placées sous le sceau de la paix et de la fraternité.

Des manifestations initiées par l’édile de Djibidione, Ansoumana Sagna, il y a trois ans, et dont l’objectif est de rouvrir Diocadou qui était complètement fermé au reste du monde depuis les années 2009. Des journées qui permettent également aux populations revenues de leur exil gambien de manifester ce besoin de communier ensemble dans cette zone affectée par le conflit armé. Et ce, à travers des animations culturelles, la danse des masques, la lutte, le football, etc. «Les populations de Diocadou n’avaient aucun accès à la frontière et au niveau d’autres localités.

Tout le monde avait peur d’aller et de venir. Il fallait après notre retour au bercail initier ces activités pour restaurer la confiance entre les populations du village, ensuite s’ouvrir aux autres localités», a soutenu Abba Badji, responsable des jeunes de Diocadou. Pour cet enseignant de Kandiadiou, un village situé à la lisière de la frontière gambienne, l’objectif après trois ans d’activités est largement atteint.

D‘autant plus que Diocadou, à l’en croire, est devenu accessible pour tout le monde avec des populations qui reviennent de plus en plus au bercail et qui vaquent à leurs occupations. «Il ne reste aujourd’hui que cinq familles encore réfugiées en Gambie», souligne Abba Badji.

Un niveau de retour favorisé par une stabilité de la zone et qui a eu, selon lui, un impact sur les villages environnants dont les populations ont également amorcé la phase retour. Et une stabilité qui a de quoi rassurer les populations des terroirs de Djibidione ; cette commune où, de l’avis d’Abba Badji, des coups de feu ne sont plus entendus ces dernières années et où les gens vaquent à leurs occupations et rencontrent soit des militaires soit des combattants sans être iniquités. «Le retour est timide certes, mais cela progresse d’année en année avec des arrivées de populations qui sont enregistrées. Et beaucoup de gens se manifestent à notre niveau pour nous demander des appuis en termes de curage de puits, d’appuis en tôles, en vivres, en termes de besoin en pièces d’état civil», renchérit le maire de Djibidione.

Et pour Ansoumana Sagna, les nouvelles constructions et les nouveaux bâtiments en vue à Diocadou et dans les villages environnants renseignent également du niveau de retour des populations de la commune de Djibidione. «Sur les 59 villages de la commune, 25 étaient déplacés et réfugiés en Gambie. Et avec le retour de 15 villages au bercail, seuls 10 manquent aujourd’hui à l’appel», informe-t-il. «Nous allons vers une paix définitive» Une situation favorisée par les activités de sensibilisation menées en Gambie par l’équipe municipale par rapport au retour au bercail des populations. «Cela a porté ses fruits, car d’autres villages environnants tels Keuynaye viennent de regagner leur terroir suite à notre démarche. Djigoudjette également s’apprête à revenir.

C’est dire que nos objectifs seront bientôt atteints», soutient Ansoumana Sagna. Lequel a magnifié à son tour la stabilité notée au niveau de sa commune. «On peut aujourd’hui se rendre dans n’importe quel village de Djibidione, à n’importe quel heure avec n’importe quel moyen de transport pour y mener ses activités, car il n’y a plus de ratissages, plus de braquages, plus d’agressions ; signe que nous allons vers une paix définitive», s’est réjoui face à la presse Ansoumana Sagna.

Pour lui, il urge de consolider ces acquis. «Avant de parler de développement, il faut d’abord la stabilité. C‘est pourquoi nous multiplions les sorties dans ces localités pour rassurer les populations, les mettre dans des conditions de quiétude», martèle-t-il. Et c’est tout le sens de ces journées culturelles, empreintes d’animation et d’activités sportives au niveau de cette contrée frontalière à la Gambie. Et ce, «pour que les populations prennent conscience que c’est chez elles qu’elles peuvent rester travailler, s’épanouir et assurer leur développement. Et les rassurer également que les autorités sont là pour les accompagner et qu’elles doivent donc revenir au bercail», note-t-il.

Désenclavement, infrastructures modernes… Les  populations prônent ­le ­label ­Puma

 Si­ le­ niveau ­de ­stabilisation ­de ­la ­commune­ de Djibidione,  jadis ­considérée ­comme ­l’épicentre ­du conflit ­casamançais, ­est ­plus que­ notoire, ­il­urge aujourd’hui ­pour ­cette ­contrée ­qui ­a ­la particularité d’être ­frontalière ­à ­la ­Gambie ­de ­franchir ­un nouveau ­cap­ et ­de ­faire ­face ­à ­ce ­que ­d’aucuns ­appellent une offensive ­de ­charme ­de ­la ­Gambie ­voisine ­avec ses ­belles infrastructures ­scolaires ­et ­sanitaires construites ­le ­long ­de ­la frontière. ­Une ­réponse­ qui, pour ­les ­populations, ­passe ­par ­la  labellisation ­de Djibidione ­en ­mode ­Puma (Programme d’urgence pour ­la ­modernisation ­des ­axes ­frontaliers).­

Si la stabilité est aujourd’hui notoire au niveau de Djibidione, il n’en demeure pas moins que cette commune, affectée par le conflit armé, vit un enclavement qui ne facilite pas un meilleur accès à la zone et des difficultés qui amenuisent tout effort de développement. «Même pour charger nos portables, on est parfois obligé de le faire à Kanilai, village voisin situé en Gambie. Et c’est faute d’électricité ou de panneaux solaires. Et pour les accouchements, l’infirmier est obligé de composer avec des lampes torche», alerte Abba Badji. Pour le responsable des jeunes de Diocadou, après le retour au bercail des populations, il urge de s’orienter dorénavant vers les questions de développement. Et ce, «en allant chercher des projets dans le cadre inter-villageois afin de nous donner toutes les chances et de permettre à l’Etat de nous accompagner.

Déjà que la jeunesse est désœuvrée et que les femmes peinent difficilement à mener à bien leur maraîchage avec la profondeur et le tarissement des puits», martèle-t-il. En attendant, l’enclavement constitue une question préoccupante avec des pistes telles que l’axe Sindian-Diocadou qui est dans un état de délabrement avancé et qui nécessite un entretien. Toutefois, l’édile de Djibidione s’est réjoui de la réalisation en cours par le Ppdc de l’axe Sindian-Djibidione.

Ansou  Mana Sagna a également bon espoir avec le désenclavement téléphonique grâce aux antennes implantées dans la zone et qui sont déjà opérationnelles et d’autres en voie de l’être. Quid de la situation de l’école à Djibidione ? Pour le maire de la localité, les abris provisoires laissent de plus en plus la place à de nouveaux bâtiments et qu’il y a donc plus d’écoles construites que d’abris provisoires. «C’est le cas à Diocadou qui bénéficie de deux salles de classe qui seront équipées et de plusieurs autres écoles de la commune», souligne Ansoumana Sagna. Toutes choses qui ont, dit-il, comme conséquences la densification de la cartographie scolaire. Même si deux écoles, celles de Toukara et Djiboudière dont les populations sont encore réfugiées en Gambie, sont toujours fermées. «Les parents transfèrent leurs enfants en Gambie» Malgré tout, les populations de Djibidione, par la voix de leur maire, plaident pour une réponse appropriée face à ce que d’aucuns qualifient d’offensive de charme de la Gambie avec ses infrastructures scolaires, sanitaires modernes construites le long de la frontière.

Ce qui souvent attire les populations, notamment les enfants sénégalais vers ce pays. Pour l’édile de Djibidione, cette situation qui pose des questions de souveraineté nationale nécessite de la part de l’Etat d’énormes investissements pour parer à cet état de fait et satisfaire les besoins des populations, surtout en termes d’infrastructures sociales de base dans ces contrées frontalières. «Des écoles bien faites avec de l’eau courante et des cantines, alors que de l’autre côté de la frontière, des écoles ne répondent pas aux normes.

Des disparités qui jouent beaucoup sur le vécu des populations. Et cela est un véritable problème et une réalité que les populations frontalières continuent de vivre», estime Ansoumana Sagna. «Dans nos établissements, on se retrouve parfois avec 40 élèves en début de l’année. Et avant janvier, on comptabilise 30 élèves. Les parents privilégient la sécurité scolaire de leurs enfants en les transférant en Gambie où les établissements sont fonctionnels et modernes», constate M. Sagna. Et pour remédier à cette situation, l’édile de Djibidione, au nom des siens, dit fonder beaucoup d’espoir sur le nouveau Programme d’urgence pour la modernisation des axes frontaliers (Puma).

«Si nous parcourons le décret qui donne corps au Puma, l’on se rend compte qu’il y aura une révolution au niveau des zones frontalières de la région, car sur le plan des infrastructures routières, de la santé, de l’éducation, etc. ce programme répond vraiment aux préoccupations de ces zones frontalières et va radicalement soulager le vécu de ces populations», espère-t-il.

 

LeQuotidien

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